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Heglig: Soudan du Sud et Soudan du Nord?

 

Pour le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA)  la situation est claire :  l’occupation par le Soudan du Sud de la zone de Heglig il y a un mois était illégale,  indiquant que la zone se trouve au nord de la frontière définie en 1956 et que son tracé a été accepté par Djouba et Khartoum – lors de l’APG qui a mis fin à 22 ans de guerre civile faisant plus de deux millions de morts. Cette ligne de démarcation devait constituer leur frontière commune en cas de sécession du Sud, qui est finalement intervenue en juillet 2011.

Depuis lors, le Soudan a frappé son voisin du Sud qui a fini par se retirer provisoirement. Depuis des mouvements armés sont observés et des anicroches surviennent régulièrement.

Une volonté délibérée du Soudan du Sud qui accuse les Nordistes de bombarder leur territoire depuis novembre et d’avoir largué cinq bombes sur la ville de Bentiu, capitale de l’État d’Unité, le 12 avril. Mais jusque là, aucun observateur neutre de l’UA, ou de l'ONU, n’a pu corroborer les allégations du gouvernement de Juba.

L’insoluble problème des frontières ?

En attendant l’ambiance dans la zone de Heglig est toujours aussi tendue. Et ce n’est pas un hasard. En effet, en dépit des affirmations de l’Union africaine citées plus haut, une question se pose encore : la zone de Heglig se trouve-t-elle au Soudan du Nord ou au Soudan du Sud ? La réponse à cette question est loin d’être simple.

Heglig se trouve en réalité à proximité de la moitié de la frontière de 1 800 kilomètres qui sépare les deux pays, mais des portions clés de cette frontière n’ont pas encore été définies par l’APG et il n’y a pas suffisamment d’archives historiques (en raison des vastes déplacements de population à l’occasion du développement des installations pétrolières) ou de souvenirs pour identifier facilement le tracé de la frontière de 1956. L’accord de paix global ayant laissé cette zone d’ombre perdurer est donc le facteur de base de la guerre d’aujourd’hui.

Heglig se situe entre Abyei (une autre zone disputée dont un protocole donne d’un côté le territoire aux 9 chefferies Dinkas de la zone en fonction des frontières de 1905, tandis qu’un autre restitue la zone au nord selon les frontières de 1956 !) et les Monts Nouba au Nord Kordofan, où, depuis juin 2011, les forces gouvernementales se battent contre des insurgés (SPLA-N) liés aux anciens rebelles qui sont aujourd’hui au pouvoir à Djouba.

Heglig, qui regorge de pétrole est également située à proximité de la ville frontalière de Jaw, qui a été prise par le SPLA-N à la fin du mois de février.

Au cours des négociations qui se sont conclues par la signature de l’APG de 2005, il a été décidé que Heglig (appelée Panthou par les Sud-Soudanais, qui soutiennent que la zone a toujours fait partie de l’État d’Unité) serait incluse dans la région d’Abyei, une des « Trois Zones » (avec le Sud-Kordofan et le Nil bleu) dont la localisation au Nord ou au Sud n’a pas été franchement définie par l’APG.

De fait, malgré l’absence de certitude, Abyei est occupée par les troupes soudanaises depuis plus d'un an.

« Redessinage » international

Après le rejet par Khartoum des frontières initiales d‘Abyei définies par une commission internationale, un arrêt de la Cour permanente d’arbitrage a redessiné ces frontières : la superficie d’Abyei a été considérablement réduite et Heglig a été exclue.

Bien que la Cour n’ait pas défini le tracé de la frontière entre le Nord et le Sud, Khartoum a affirmé que l’arrêt indiquait que Heglig se trouvait dans l’État du Sud-Kordofan, une interprétation que semble partager l’Union Africaine.

Le Soudan du Sud, qui indique être ouvert aux négociations relative à la démarcation entre les deux pays, affirme que Heglig se trouve au sud de la frontière, dans l’État d’Unité.

Pourquoi Heglig est-elle aussi importante ?

La dernière escalade de violence est liée au fait que des questions clés soient restées en suspens depuis la signature de l’APG : la démarcation de la frontière, le partage des revenus pétroliers et les Trois Zones. (Les habitants d’Abyei, par exemple, devaient décider par référendum s’ils souhaitaient rejoindre le Soudan du Sud en 2011, mais le référendum n’a pas encore eu lieu).

Les derniers affrontements risquent également de remettre en cause un accord important signé par Djouba et Khartoum en mars 2012 et qui aurait amélioré les conditions de vie de centaines de milliers de Sud-Soudanais au Soudan. Sans cet accord, ils auraient dû régulariser leur situation – ce qui, d’un point de vue logistique, est quasiment impossible – ou quitter le pays le 8 avril au plus tard. Le Soudan du Sud n’a pas les moyens de faire face à un afflux aussi soudain et important, notamment parce que les routes seront impraticables pendant la saison des pluies attendue prochainement.

Mukesh Kapila, qui a dirigé les opérations des Nations unies au Soudan en 2003 et en 2004 et travaille maintenant pour Aegis Trust, une organisation non gouvernementale de plaidoyer, a dit à IRIN : « L’APG a éludé les plaintes légitimes des populations marginalisées qui souffraient depuis longtemps dans les régions du Nouba, d’Abyei, du Nil bleu et du Darfour. Si l’on ne procède pas à une tentative sincère de résolution de la situation de manière juste et équitable, des conflits violents continueront à éclater ici et là. La citoyenneté, le pétrole et la démarcation de la frontière compliquent peut-être le tableau, mais ils sont en grande partie liés aux plaintes des habitants maltraités des zones frontalières du Soudan qu’il faut tout de suite prendre en compte pour que les deux pays connaissent paix et stabilité ».

Stéphane Aubouard

Collaborateur Afrique des Relations internationales

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