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Novembre 2011 : 3ème conférence du réseau de la gauche africaine à Bamako

Les 25, 26 et 27 novembre 2011 s’est tenue à Bamako, au Mali, la troisième conférence de l’ALNEF (Forum du réseau de la gauche africaine). Accueillie par le parti SADI, seul parti de l’opposition parlementaire de ce pays d’Afrique de l’Ouest, cette édition avait pour objectif de renforcer la structuration du réseau et de débattre des stratégies pour conquérir le pouvoir, lutter contre l’ingérence étrangère et favoriser l’intégration africaine. Rassemblant une cinquantaine de partis politiques socialistes, communistes et révolutionnaires, de tout le continent (Afrique du sud, Soudan, Érythrée, Guinée, Sénégal, Bénin, Cameroun, Kenya, Tunisie, Rwanda, Burundi, Burkina Faso, etc.), le réseau est une première. Il fait écho à celui créé en 1990 en Amérique latine pour organiser la résistance à l’offensive néolibérale. Ce continent fait d’ailleurs référence pour les participants qui insistent sur l’espoir qu’il a suscité en Afrique et les enseignements qu’il donne aux acteurs de la transformation sociale. Mais alors que la gauche, au pouvoir dans un pays sur deux en Amérique du sud, a permis de reconquérir une souveraineté étatique et de répondre en partie aux préoccupations des classes populaires, celle qui se bat en Afrique est toujours dans l’opposition, à l’exception du Parti communiste sud-africain (SACP), membre avec l’ANC et la COSATU, de la coalition au pouvoir. Quelles stratégies, quelles actions concrètes peuvent mettre en œuvre des formations politiques aux moyens souvent très limités, dans des démocraties utilisées par les plus puissants, civils ou militaires, pour se perpétuer au pouvoir par la fraude, la répression, les réformes constitutionnelles ? Aux vues des risques de basculement dans le chaos de nombreux pays à l’occasion d’élections redoutées, les participants ont exigé des régimes en place l’organisation de processus électoraux transparents garantissant l’expression libre des citoyens. Placée devant ses responsabilités, l’Union africaine doit aussi y veiller. Dans le contexte d’un regain des interventions militaires étrangères sur le continent, lutter contre l’impérialisme qui attaque à visage découvert, constitue la résolution de force du forum. L’ingérence étrangère doit être combattue par l’intégration du continent en s’inspirant des révolutionnaires africains qui se sont battus pour l’indépendance, comme Nkwamé Nkrumah, Patrice Lumumba, Modibo Keita, Sékou Touré, Felix Moumié, etc. « Les pays du Nord, puissances capitalistes et oligarchies financières qui dominent et exploitent sans état d’âme le monde, sont déstabilisés par une redoutable crise financière, une crise des dettes, conséquences de l’échec de l’idéologie néolibérale et du capital infernal”, selon le président du SADI, Cheikh Oumar Cissokho. Après la Côte d’Ivoire, l’offensive de l’OTAN en Libye, emmenée par Nicolas Sarkozy, a provoqué « une tragédie humaine en terre africaine cautionnée par les Nations unies au nom de la protection humanitaire, et dirigée par les idéologues du monde capitaliste », poursuit-il. Le ressentiment au Mali dont de nombreux ressortissants étaient installés en Libye, et où le régime de Kadhafi a investi dans l’immobilier et l’agriculture, est fort. La France assurerait en partie sa sortie de crise par un retour en Afrique de ses entreprises et de sa présence militaire. La probabilité d’une dévaluation du Franc CFA au premier janvier confirmerait cette stratégie dont tous les participants au forum sont profondément convaincus. Les révolutions en Tunisie et en Egypte, après avoir redonné confiance aux militants africains dans leur lutte contre des régimes claniques, corrompus, à caractère souvent mafieux, soulèvent également de vives inquiétudes à l’heure où les forces de la contre-révolution incarnées par les islamo-conservateurs et les militaires pourraient sonnés le glas des espoirs populaires. Dans cette période d’accélération des crises et d’un repositionnement des forces du capital en Afrique, l’échange, la formation, la solidarité et la coopération sont impératifs entre les partis dans les pays concernés, et en lien avec les diasporas en Europe, notamment. Le travail du Parti communiste français en ce sens a abouti à des résultats concrets comme la demande d’enquête déposée à l’Assemblée nationale sur la coopération policière et militaire de la France avec le régime de Paul Biya au Cameroun. Les préoccupations africaines et européennes sont communes. La dette ne peut justifier le démantèlement des systèmes économiques et sociaux au détriment des populations. Le désastre humain des plans d’ajustement structurel dénoncés par Aminata Traoré, que le pouvoir malien se réclamant pourtant de gauche, a mis en œuvre, précise-t-elle, interpelle l’Europe plongée dans l’austérité. Enfin, le travail en direction des classes populaires avec les jeunes, les femmes et les mouvements sociaux constitue un axe fort des résolutions. Le changement passe par les peuples qui se révoltent au nom de la dignité, de la justice sociale et de la démocratie. La gauche et les partis parviennent difficilement à saisir les opportunités historiques que ces crises ouvrent. « Le sectarisme, la division, l’opportunisme privent le peuple de savourer sa victoire », affirme Mohamed Jmour, du PTPD de Tunisie. La construction de l’unité à gauche et sa viabilité dépendent de cette relation au corps social. Les participants ont pris l’engagement de se retrouver en Tunisie en 2012 pour une nouvelle étape dans le renforcement du réseau. L’ambition de créer les conditions de réelles alternances, après deux décennies de dérives d’une démocratie au service d’intérêts particuliers et étrangers, devra d’ici-là déboucher sur des actions concrètes pour des processus électoraux crédibles, et une solidarité réelle entre les partis. humanite.fr – Chrystel Le Moing  

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