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La départementalisation de l’île comorienne de Mayotte par la France

 

Je remercie les organisateurs de cette conférence pour nous avoir invités, cela nous donne l’occasion de dire une nouvelle fois notre opposition totale à la politique coloniale du gouvernement français contre les populations de l’archipel des Comores, contre Mayotte, qui s’est vue, de force, départementalisée.    La France - avec la tenue d’un référendum dont ni les mahorais ni les français n’ont eu les clefs en mains pour débattre -  a mis la communauté internationale devant le fait accompli. C’était déjà la conclusion qu’avait tiré la mission envoyée sur place par notre parti en 2009 [1] . Ce n’est pas ainsi que nous envisageons les relations internationales et les droits des peuples.   Il vient d’être évoqué par les précédents intervenants les violations par la France du droit international et nous soutenons cette appréciation.  Dès 1975,  les députés communistes à l’Assemblée nationale ont inlassablement dénoncé les projets de lois allant dans ce sens [2] . Ce processus colonial ne sera jamais accepté par le Parti communiste français.   Pour le temps qui m’ a été proposé en introduction, je ne reviendrai donc pas sur cette histoire et sur cet aspect des violations des droits,  les associations organisatrices connaissent notre engagement solidaire à leurs côtés.    Au regard de la situation inhumaine intolérable réservée aux populations de Mayotte et de l’Archipel des Comores,  j’évoquerai deux urgences sur lesquelles il est selon nous, indispensable et possible d’agir en rappelant comme préalable que l’archipel des Comores représente un seul peuple, avec une géographie, une histoire, une religion, une culture, une langue commune.   Première urgence :   L’annulation du visa Balladur qui provoque une catastrophe humanitaire insupportable et la libre circulation des personnes.     Deuxième urgence :   Le besoin de mettre en place un plan de développement et de coopération qui profite aux populations des Comores comme de Mayotte.   Enfin je soulignerai   -          Notre disponibilité et notre solidarité avec tous ceux et celles qui veulent agir pour les droits humains, principe que nous plaçons au cœur d’une nouvelle mondialité.     Annulation immédiate du visa Balladur !   Les conséquences de la politique française à Mayotte sont nombreuses. La tragique question de l’immigration et des expulsions n’est pas nouvelle. Il y a déjà plus de 30 ans que nous avons été amené à dénoncer les forces armées stationnées à Mayotte qui ont expulsé dans des conditions indignes, avec la complicité des autorités françaises, les personnes favorables à l’indépendance et à l’unité de l’archipel.    Ce sont les mêmes autorités qui aujourd’hui séparent administrativement de Mayotte les familles comoriennes. Le visa « Balladur » imposé par Charles Pasqua en 1994 à mis fin à la liberté de circulation entre les différentes îles. Ce visa étant très difficile sinon impossible à obtenir, les Comoriens qui cherchent à survivre en rejoignant par la mer l’ile de Mayotte, représentent un flot continu d’immigration qui se termine trop souvent par la mort entre le bras de mer qui sépare Ajouan de Mayotte. On nomme cet endroit « le plus grand cimetière marin ». Ceux qui arrivent vivants, sont immédiatement expulsés ce qui amènent les associations à dénoncer plus de 26 400 reconduites, c'est-à-dire plus d’une personne sur dix à Mayotte ! Cette situation perdure sous le regard glacial, indifférent et de fait – complice - des autorités françaises.   Nous voulons donc ajouter notre voix à celles et ceux qui dénoncent cette situation inhumaine, scandaleuse, criminelle. Nous dénonçons avec autant de virulence les rafles gigantesques qui sont régulièrement organisées pour expulser des personnes dans des conditions de violences inouïes, séparant les parents de leurs enfants.   Mayotte est aussi connu comme « un orphelinat à ciel ouvert » dont les derniers relevés annoncent plus de 6000 enfants abandonnés sur l’île. Nous interpellons à ce propos Madame Roselyne Bachelot-Narquin ministre chargée de la famille et de l’enfance, face à une violation  on ne peut plus choquante de la Convention internationale des droits de l’enfant.   Il faut en finir avec cette tragédie !     Deuxième urgence : Il faut maintenant arrêter les stratégies de destabilisation politique et économique savamment organisée par la France et  s’engager dans une politique volontariste de développement et de coopération avec Mayotte et l’ensemble des îles de l’archipel.   Concernant Mayotte, contrairement aux respects des principes républicains annoncés, la population doit affronter une grande pauvreté et reste considérée comme des français de seconde zone. Le chômage, le très faible niveau des salaires, les moyens réduits dans l’accès aux soins et à l’éducation, la spoliation des terres a provoqué ces derniers mois, à juste titre, des mouvements sociaux et nous les soutenons.   C’est bien la responsabilité de la France à l’égard de l’ensemble de l’archipel qui est engagée. Le budget disproportionné mis dans la lutte contre l’immigration clandestine ferait mieux d’aller au développement. La France  y compris avec l’aide de l’Union européenne et des institutions financières internationales peuvent et doivent créer les conditions sociales et économiques d’une affirmation d’une unité et d’une souveraineté dans l’égalité. Les rapports entre les Comores et la France en seraient apaisés.   Enfin, cela soulève la question de la présence stratégique française en Océan indien, la question des bases françaises en Afrique dont nous demandons la fermeture. Nous avons pour la France une autre conception stratégique qui participe à un co-développement pacifique et non-aligné au lieu de l’insécurité permanente et des conflits armés. Nous voyons que les politique néo-impériales mènent à l’échec et au chaos. Pour ces raisons, nous disons notre disponibilité pour agir avec toutes celles et tous ceux qui veulent en finir avec ce monde dominé par les humiliations, les pillages et les guerres.   Comme les peuples arabes qui ont offert au monde un formidable souffle de dignité et de liberté, nous sommes engagés à vos côtés pour une nouvelle humanité et comme vous le souhaitez, pour retrouver l’unité des Comores.   Je vous remercie.           Sylvie JAN sylvie.jan@free.fr   afrique@pcf.fr   06 21 02 21 30         [1] Mission composée d’Eliane Assassi, sénatrice et Jean-Louis Lemoing, membre du Comité exécutif national du PCF. [2] Maxime Kalinsky, le 10 décembre 1975 à l’Assemblée nationale, alors que la France viole le droit international en arrachant Mayotte, séparée des autres iles de l’Archipel des Comores: « Que le peuple comorien sache que le Parti communiste français, fidèle à sa tradition de lutte pour la liberté et l’indépendance des peuples, condamne ce projet de la façon la plus catégorique ». Le  23 novembre 2010, Jean-Paul Lecoq rappelle l’illégalité du référendum et du changement de statut de l’ile.

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